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1881-1909

Les premiers pas

Joseph, Fernand Henri Léger est né le 4 février 1881 à Argentan (Orne). Son père, marchand de bœufs, meurt en 1884. Fils unique, il est élevé par sa mère Marie-Adèle Daunou, d’un caractère plutôt effacé et très pieuse.

1881

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« Si mon père avait vécu quelques années de plus, j’aurais été comme lui un marchand de boeufs. C’est sûr. J’étais costaud, j’aimais aller dans les herbages voir les bœufs. C’est étonnant la vie des grands éleveurs… J’ai passé toute mon enfance en Normandie, cela m’a donné des bases solides, rudes. »

Entretient avec D. Vallier Intérieur de l’art.
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Fernand Léger reconnait volontiers qu’il était un élève peu studieux et que ses intérêts se portaient uniquement sur le dessin et la gymnastique ! Ce qui explique qu’après être passé par le collège d’Argentan (collège de Mezeray) sa mère décide de l’envoyer en pension au collège religieux de Tinchebray.

Il reçoit avec André Mare et Henri Viel ses premières leçons de dessin chez M. Corbin, décorateur local. Contre l’avis de sa famille, il commence un apprentissage en architecture, travaillant d’abord à Argentan puis chez un architecte à Caen pendant deux ans. En 1900, il monte à Paris rejoindre ses camarades d’Argentan avant de faire son service militaire dans le 2ème régiment du Génie à Versailles jusqu’en 1903.

1897

Suite à un soupçon de tuberculose, il fait deux séjours en Corse, en hiver 1906/1907 à Belgodère chez son ami Henri Viel, puis en 1908 à l’Île-Rousse, au Château Piccioni.

Sensible à la lumière méditerranéenne, il peint des paysages dont cinq sont présentés en octobre 1907 au Salon d’automne où il découvre l’œuvre de Paul Cézanne. Son influence est décisive et il suit son exemple en travaillant sur les volumes.

La période impressionniste est peu connue car Fernand Léger a détruit toutes ses œuvres en 1909. Restent seulement les cadeaux qu’il avait faits à ses amis.

Ses premières peintures sont marquées par l’impressionnisme, Le Jardin de ma mère, 1905, et Le Portrait de l’oncle, 1905 (Musée national Fernand Léger, Biot). En octobre, il partage un atelier avec André Mare.

J’ai commencé par faire des toiles dans le genre impressionniste, tout de suite après j’ai eu une réaction contre l’impressionnisme … et j’ai eu cette réaction parce que j’ai senti que l’époque des impressionnistes avait été naturellement mélodieuse alors que la mienne ne l’était plus.
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1909-1918

L’émergence d’une grande personnalité

La révélation

En 1909, il loue un atelier à La Ruche et fréquente Alexandre Archipenko, Henri Laurens, Jacques Lipchitz, Chaïm Soutine, Robert Delaunay, Chagall, et les écrivains, Guillaume Apollinaire, Max Jacob, Maurice Raynal, Blaise Cendrars. Il fait aussi la connaissance du peintre Henri Rousseau.

Fernand Leger visite assidument les galeries d’art moderne. Une en particulier suscite son intérêt : celle de Daniel Henri Kahnweiler qui expose Braque et Picasso. C’est ainsi qu’inspiré par les paysages de Braque, Léger rejoint le mouvement Cubiste.

Dans La couseuse 1910 portrait de sa mère, Fernand Léger cherche à appliquer la leçon de Cézanne, qui nous dit que la nature n’est que cubes, cônes et cylindres, mais il y ajoute une recherche sur le mouvement. Il réintroduit la couleur, en aplats, en contrastes avec des formes en volumes construites et modelées par la lumière dans des tonalités neutres. En 1910-1911, il peint La noce.

1909

En 1911, à 30 ans, après de longs mois de travail, il expose au salon des indépendants sa première œuvre importante : Nus dans la forêt, qui lui vaut, grâce à la critique acerbe de Louis Vauxcelles, le qualificatif de « tubiste ».

1911

L’année 1912 est marquée par de nombreuses expositions. Il se joint à Robert Delaunay, Albert Gleizes, Jean Metzinger, Henri Le Fauconnier et Raymond Duchamp aux réunions dans l’atelier de Jacques Villon qui donneront naissance à la Section d’or, où il présente La femme en Bleu qu’il exposera aussi au salon d’automne.

Dans les toiles de cette période (1911/1912), la forme et le fond se confondent et les objets sont peu reconnaissables : Léger continue ses recherches formelles mais avec des compositions de plus en plus abstraites.

Sa peinture Le Passage à niveau décore le salon bourgeois de la Maison cubiste conçue par André Mare et Raymond Duchamp-Villon. Il rencontre André Salmon et Jules Romains et fait la connaissance de Jeanne Lohy qu’il épousera en 1919.

Le contraste a toujours fait peur aux gens paisibles et satisfaits, qui adorent l’état de paix au mauvais sens du mot
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En 1913, il participe aux expositions de l’Armory Show organisées par l’Association des peintres et sculpteurs américains, à New York, Chicago et Boston et continue d’exposer régulièrement au Salon des indépendants.

Le 5 mai à Paris , il tient sa première conférence à l’Académie Vassilieff : Les Origines de la peinture et sa valeur représentative, marquant ses débuts dans l’enseignement. En octobre, il signe un contrat d’exclusivité avec Daniel-Henry Kahnweiler puis reprend l’atelier du peintre Henri Le Fauconnier au 86 rue Notre-Dame-des-Champs, à Paris, atelier qu’il gardera jusqu’à la fin de sa vie.

Cette période a plusieurs fois été mise en parallèle avec le futurisme de Marinetti. En effet, Léger s’intéresse à la traduction du monde moderne dans sa peinture par la recherche d’effets dynamiques. S’il est fasciné par l’accélération que connaît la vie moderne, ses recherches formelles n’ont pas la dimension politique des futuristes, qui sont anarchistes.

Fernand Léger cherche dans ses contrastes de formes et de couleurs, à mettre en place des rapports formels d’opposition de lignes, de surfaces et de couleurs. Il crée ainsi pour le spectateur cet effet dynamique qui est le plus proche possible des sentiments que font naître en lui la vision de la vie moderne.

Le 9 mai 1914, deuxième conférence à l’Académie Vassilieff « Les réalisations picturales actuelles ». Il se lie d’amitié avec Michel Larionov et Natalia Gontcharova.

1913

La première guerre mondiale

Fernand Léger est mobilisé le 2 août 1914 et rejoint le 2ème Génie à Versailles. Après la bataille de la Marne, il est brancardier sur le front de l’Argonne. Il passera en tout trois ans sur le front.

Au front, son activité artistique se réduit à dessiner sur des couvercles de boîtes de munitions, sur des cartes d’état-major ou du papier à lettres. Pendant cette période de guerre, il a peint deux chefs-d’œuvre, Le soldat à la pipe (1916) et La partie de cartes (1917) peints pendant ses permissions.

En septembre 1916, il faillit perdre la vie lors d’une attaque au gaz moutarde à Verdun. Épuisé moralement et physiquement, il est hospitalisé puis réformé en 1917. Pendant sa convalescence, il peint La Partie de cartes (Otterlo, Rijksmuseum Kröller-Müller).

Si l’expérience de la guerre est à l’origine d’une nouvelle conscience sociale de l’artiste, elle engendre aussi une révélation esthétique capitale faisant de la machine, symbole du savoir-faire humain moderne, un objet esthétique, au même titre qu’une œuvre d’art.

« Je fus ébloui par une culasse de canon de 75 ouverte en plein soleil, magie de la lumière sur le métal blanc. Il n’en fallut pas moins pour me faire oublier l’art abstrait de 1912-1913. Révolution totale comme homme et comme peintre.
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1918-1930

L’après-guerre : L’évolution

A son retour du front suite à sa réforme, il habite avec Jeanne Lohy à Vernon (Normandie). Il l’épouse en 1919. Lors du banquet organisé en l’honneur de Braque chez Marie Vassiliev, il retrouve Picasso et Cendrars. Puis il participe au premier festival « Montjoie ! » organisé pour célébrer le retour de la guerre des artistes.

En 1918, il signe un nouveau contrat avec Léonce Rosenberg qui tient la Galerie de l’Effort Moderne.

1918

Les éléments mécaniques retiennent toute son attention . Pour rendre compte de la vie moderne, il intègre à ses paysages des affiches publicitaires, des fragments d’architecture ainsi que des échafaudages. Il peint les séries des Disques (musée d’Art moderne de la Ville de Paris) et de La Ville (Philadelphia Museum of Art) qui seront exposées au Salon des indépendants du Grand Palais en 1920.

En février 1919, Fernand Léger fait sa première exposition personnelle à la Galerie de l’Effort Moderne où Blaise Cendrars et Erik Satie donnent une matinée poétique et musicale. Il peint la série de tableaux inspirés par les péniches et les remorqueurs, vus de la Seine à Vernon. Il participe activement au groupe d’artistes réunis au sein de la Section d’or et prépare l’exposition qui aura lieu en mars 1920.

C’est la prise de conscience de la beauté intrinsèque de l’objet industriel qui explique en grande partie la synthèse du corps humain avec la machine qu’opère Le Mécanicien, peint en 1920, hybride moderne qui traduit une vision optimiste du progrès technique, promesse d’une vie meilleure.

Au décès de sa mère le 6 avril 1922, il hérite de la ferme familiale à Lisores (Calvados) où il passe les étés avec Jeanne.

Fernand Léger, qui était pendant la période 1922-1924 « hors contrat », signe à nouveau un contrat avec Léonce Rosenberg. Il devient alors le principal artiste de la Galerie L’Effort Moderne.

Entre 1920 et 1925, cinéma et ballets lui inspirent une peinture en mouvement.

Installés au Théâtre des Champs-Élysées depuis deux ans, les Ballets suédois du chorégraphe Jean Börlin donnent le 20 janvier 1922 la première de Skating-Rink, (costumes de Fernand Léger) puis en 1923 le ballet Création du monde (décors et costumes Fernand Léger).

1922

À la fin de l’année, Léger tourne avec Dudley Murphy et Man Ray les premières images de son Ballet mécanique, premier film sans scénario pour lequel Kiki de Montparnasse (Alice Prin dite Kiki de Montparnasse, muse et compagne de Man Ray) prête son visage. La première projection eut lieu à Vienne lors de l’inauguration de l’internationale Ausstellung Neuer Theatertechnik.

Pour voir « Ballet mécanique », suivre ce lien : https://www.youtube.com/watch?v=5sqfBYh2WGA

En 1924, Fernand se joint à Othon Friesz, bientôt remplacé par Amédée Ozenfant, pour créer « L’Académie moderne » au 86, rue Notre-Dame-Des-Champs dans le quartier Montparnasse. Marie-Laurencin en fut des débuts, elle qui fut comme Fernand de l’aventure de la section d’or.

En 1925, Le Corbusier le convie avec Braque, Picasso, Gris et Ozenfant à décorer de tableaux le pavillon de l’Esprit nouveau. Pour la diffusion de ses idées modernistes, il collabore à la revue L’Esprit nouveau et donne des conférences à la Sorbonne et au Collège de France.

1924

Sa notoriété devient de plus en plus internationale :

A New-York, sa première exposition personnelle, en novembre 1925 à la Anderson Galleries, est un succès et en 1926, ses dessins des costumes pour les ballets suédois Skating-ring et Création du monde font référence lors de l’Exposition internationale des arts du théâtre.

Raoul La Roche, grand collectionneur, fait l’acquisition de peintures de Léger pour décorer sa villa construite à Auteuil par Le Corbusier. De grands amateurs comme Alphonse Kahn, le baron Gourgaud et le vicomte de Léché achètent ses œuvres.

« J’ai pris l’objet, j’ai fait sauter la table, j’ai mis cet objet dans l’air sans perspective et sans support. J’ai dispersé mes objets dans l’espace et je les ai fait tenir entre eux… Tout un jeux facile d’accords et de rythmes, fait de couleurs de fond, de surfaces, de lignes conductrices, de distances et d’oppositions, quelquefois des rencontres insolites…
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1930-1940

L’influence de Nadia

Nadia prend la direction de l’atelier et exerce une influence imperceptible mais bien réelle que l’on peut discerner dans les compositions aux clés (objets dans l’espace) ainsi que La Joconde aux clés, synthèse suprématiste et surréaliste, exposée à la galerie de Paul Rosenberg en 1930.

1930

Un jour j’avais fait sur une toile un trousseau de clés. Je ne savais pas ce que j’allais mettre à côté. Il me fallait quelque chose d’absolument contraire aux clés. Alors quand j’eus fini de travailler, je suis sorti. J’avais à peine fait quelques pas, et qu’est-ce que je vois dans une vitrine ? Une carte postale de la Joconde. J’ai compris tout de suite que c’était elle qu’il me fallait. Qu’est ce qui aurait pu contraster plus avec les clés ?
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Léger a cinquante ans et va profiter de l’occasion d’une exposition de dessins à la John Becker Gallery de New York, pour faire son premier voyage aux Etats-Unis (il fera trois voyages au cours des années 30) où il retrouve une vieille connaissance en la personne de Marcel Duchamp.

C’est aussi le moyen pour lui de rencontrer de nouveaux collectionneurs. Il participe à de nombreuses conférences mettant en avant le lien entre la peinture et l’architecture. Il collabore avec les architectes des grands ensembles new-yorkais Harvey W. Corbett, Buckminster Fuller et John Storrs ou encore Paul Nelson, Wallace K. Harrison et Mallet-Stevens. Dans le même esprit, il travaille avec son amie Charlotte Perriand en décoration d’intérieur. En 1938, il peint les décorations abstraites murales dans l’appartement de N. Rockefeller.

Cette peinture est sœur de l’architecture. Voilà l’apport. Le lien est tel, si impératif que Fernand Léger de tous peintres produisant aujourd’hui, est celui dont les tableaux exigent une architecture nouvelle. Celui dont les tableaux exigent un cadre d’époque, conforme et de même naissance
Cahier d’art 1933, Le Corbusier
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A cette époque Léger va régulièrement se ressourcer en Normandie, dans sa ferme de Lisores, ou encore faire de grandes promenades en forêt de Fontainebleau en compagnie de Simone. Il ramasse des silex, des bâtons, des noix et des feuilles de houx qui lui inspirent une production de dessins biomorphiques et réalistes. Ces objets naturels, ou encore des objets usagés, vont venir prendre place dans ses compositions et détrôner l’objet industriel.

La machine ne lui apparaît plus comme source de progrès, mais plus comme le moyen de réduire l’homme en esclavage. Léger souhaiterait que l’humanité renoue avec la nature, créant ainsi de grandes compositions qui sont une vision utopique d’un retour à l’harmonie entre la nature et l’homme.

Les années 30, c’est aussi la crise financière. La galerie L’effort Moderne fait faillite, et il expose désormais pour le frère de Léonce Rosenberg, Paul, qui a une conception beaucoup plus pragmatique du métier de galeriste. Léger, qui continue d’exposer de grandes compositions aux salons vit de la vente de ses toiles. Il vend directement aux collectionneurs venant le voir dans son atelier. Mais il connaît aussi une reconnaissance internationale de son œuvre, des expositions rétrospectives se succédant en Europe et aux Etats-Unis.

C’est également à cette époque qu’il rencontre Simone Herman, avec laquelle il aura une liaison et une correspondance fournie de plus de deux cent lettres, aujourd’hui source importante pour les historiens d’art.

1933

Une vitesse folle entraine le monde et prend dans un tourbillon où des milliers d’individus papillons seront noyés sans espoir… Se rappeler que les grandes fonctions naturelles doivent être notre baromètre malgré tout.
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Ces préoccupations ont également une portée politique. 1936 : l’année du front populaire et des congés payés. Une grande partie des ouvriers retrouvent le chemin de la campagne. Léger y voit le commencement d’une possibilité de réalisation de son rêve humaniste, où l’homme libéré de son asservissement à la machine retrouverait le paradis perdu, la nature et serait à nouveau dans sa plénitude.

1936

Libérez les masses populaires, leur donner une possibilité de penser, voire se cultiver et nous sommes tranquille, elles pourront à leur tour jouir pleinement des nouveautés plastiques que leur offre l’art moderne.
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Fin septembre 1935, Fernand Léger part pour la deuxième fois aux USA pour sa première rétrospective au MOMA de New York. Après une trentaine d’études, il achève le Portrait de Madame D., fin décembre. Maud Dale est l’épouse de Chester Dale. Ils sont notamment amis et collectionneurs d’Edward Hopper. C’est un des très rares portraits de commande de l’artiste. Il lui sera payé 15 000 Francs de l’époque. Léger aura coutume de dire : « Je suis revenu en première classe sur le bateau… ». Humour : le paquebot « Champlin » ne comportait qu’une classe…

1940-1946

L’exil américain

En mars 1940, la Composition aux deux perroquets (Centre Georges-Pompidou, Musée national d’Art moderne, Paris) est exposée à la Galerie Mai à Paris puis prêtée au Museum of Modern Art de New York.

La guerre s’annonce. Pris de panique car considéré comme artiste dégénéré, il se coupe la moustache pour être moins reconnu et rejoint Lisores pour mettre ses tableaux à l’abri. Après un séjour à Bordeaux, il attend deux mois à Marseille avant de s’embarquer en octobre sur le S.S. Exeter pour New York, « le plus formidable spectacle du monde ».

En 1940, je travaillais mes plongeurs à Marseille, cinq ou six personnes en train de plonger. Je pars aux États-Unis et je vais un jour dans une piscine. Les plongeurs n’étaient plus cinq ou six, mais deux cents à la fois. Allez-vous y reconnaître ! À qui la tête ? À qui la jambe ? À qui les bras ? Je ne savais plus. Alors j’ai fait les membres dispersés dans mon tableau…
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Le mauvais goût, la couleur forte peut donner ici le plein usage de son pouvoir… si je n’avais vu ici que des filles habillées avec goût, je n’aurais pas peint ma série des cyclistes.
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Cette période américaine est particulièrement créative. Avec la série des Plongeurs et des Cyclistes, Léger invente le principe de la couleur en dehors, par lequel il dissocie couleurs et formes.

1941

En 1942, quand j’étais à New York, j’ai été frappé par les projecteurs publicitaires de Broadway qui balayent la rue. Vous êtes là, vous parlez avec quelqu’un, et tout à coup, il devient bleu. Puis la couleur passe, une autre arrive et il devient rouge, jaune. Cette couleur-là, la couleur du projecteur est libre : elle est dans l’’espace. J’ai voulu faire la même chose dans mes toiles

Cité par D. Vallier, Cahiers des Arts, 1954
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En 1941, il installe son atelier à New York au 80 West 40th Street. Il retrouve ses amis exilés comme le compositeur Darius Milhaud et les peintres regroupés dans la galerie de Pierre Matisse. En juin, il traverse les États-Unis en autocar, rejoint André Maurois et Darius Milhaud au Mills College pour enseigner pendant la session d’été placée sous le signe de la France.

En 1943, il réalise un exemplaire monumental des Plongeurs pour la maison de l’architecte de Rockefeller, Wallace K. Harrison, à Long Island.
L’été, il s’installe à Rouses Point près du lac Champlain. Il y commence la série des « Paysage américain ».

Bien que cette période soit un moment où Léger peint abondamment et participe à de nombreuses expositions et conférences, c’est un exil difficile. Il doute beaucoup et a le mal du pays. L’ambiance au sein de la colonie d’exilés français est de plus troublée par de nombreuses dissensions politiques.

En 1945, il passe un dernier été à Rouses Point. Avant de quitter New York, il prévient Jean-Richard Bloch de son adhésion au parti communiste français. En décembre, il rentre en France. Dans ses bagages, 57 toiles et 125 travaux sur papier réalisés en Amérique. L’essentiel en sera exposé au printemps 1946 à la galerie Louis Carré, sous le titre « Fernand Léger, œuvres d’Amérique 1940-1945 ».

1945

A Paris, il peint « Adieu New York ». Son adhésion au Parti communiste français est une vraie rupture : en ces temps de maccarthysme, ce geste lui interdit désormais l’obtention d’un visa. Il ne mettra plus jamais les pieds sur l’île de Manhattan.

Léger a exercé une puissante influence sur l’art américain. Des représentants renommés de la génération du Pop Art américain, entre autres Roy Lichtenstein (1923–1997), Ellsworth Kelly (né en 1923), Robert Rauschenberg (né en 1925), Andy Warhol (1928–1987) ou Jasper Johns (né en 1930) se réfèrent directement à Léger ou ont poursuivi l’élaboration de concepts dont les bases européennes avaient été largement posées par l’artiste français.

1946-1955

Retour au pays

Dans un nouveau local, 104 boulevard de Clichy son académie reçoit de nombreux GI. C’est à son retour des Etats-Unis que Léger entre en contact avec les éditions Tériade qui souhaiterait réaliser des livres avec lui. Il accepte un projet sur le thème du cirque (1947).

Au départ Léger souhaitait illustrer un texte d’Henri Miller qu’il avait rencontré aux US, mais déçu par le texte, Fernand Léger écrit finalement lui-même le texte, (comme c’est le cas pour le cirque de Rouault et de Chagall). Dans ce livre Léger montre une grande liberté. Il reprend les thèmes qui lui sont chers et sait varier les effets d’une manière très spontanée. Le livre est édité en 1950.

Pour écoutez « Dans l’atelier de Fernand Léger » (1949), suivre ce lien : https://www.franceculture.fr/peinture/fernand-leger-sur-son-atelier-c-est-extremement-libre-ici-j-accepte-tout

J’ai toujours rêvé de grandes surfaces murales peu importe que ce soit le mur d’une école ou d’une église.
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Après les contrastes de formes, un nouveau contraste anime l’inspiration de Fernand Léger : l’Amérique en construction et l’Europe en reconstruction. « J’ai essayé de réaliser de plus violent contrastes en opposant aux nuages et aux structures métalliques des figures humaines peintes avec un minutieux réalisme. Je ne sais si j’ai réussi mais je crois que c’était une bagarre à susciter ». Il se lance à partir de la fin des années 40 à sa série des constructeurs.

Mais c’est la « joie de vivre » qui caractérise avant tout les œuvres de cette période d’après-guerre.

Dédiées aux loisirs et aux congés payés, elles érigent en Art l’événement social majeur que fût la loi historique votée sous le Front Populaire. Tournant le dos aux heures sombres de la guerre, une atmosphère joyeuse se dégage et invite à profiter des joies simples que procure le repos dans la nature.

1950

J’ai voulu marquer un retour à la simplicité par un art direct, compréhensible pour tous, sans subtilité. Je crois que c’est l’avenir, et j’aimerais voir les jeunes s’engager dans cette voie.

Revue Esprit, juin 1950
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Lisible et accessible à tous, ces œuvres « populaires » feront de Fernand Léger le père du pop’art mais aussi un artiste qui aura su jusqu’aux dernières années de sa vie être à la pointe de son temps.

1951, entretien avec Georges Charbonnier : https://www.youtube.com/watch?v=m1IG_pC7jBY

En février 1952, il épouse Nadia Khodossievitch et emménage au Gros Tilleul à Gif-sur-Yvette (Essonne). Il conçoit la décoration de la salle de l’assemblée générale du palais des Nations Unies à New York.

En 1955, il reçoit le grand prix de la IIIe Biennale de São Paulo. En juillet, il achète une propriété bâtie à Biot, nommée le Mas Saint-André. Le 17 août, il meurt à Gif-sur-Yvette, où il est inhumé le 20 août.

Nadia, fidèle à la volonté de Fernand, bâtira sur les lieux du Mas Saint André le musée que nous connaissons aujourd’hui qui fut créé en 1960.A l’occasion de la donation à l’état français (alors que Nadia a toujours conservé sa nationalité Russe) il fut inauguré par André Malraux le 4 février 1969.

Témoignage de Daniel-Henry Kahnweiler, 1961 : http://www.ina.fr/video/I00008684

Voir l’inauguration : http://www.ina.fr/video/RAF04001815

En 1970, Nadia transforme en musée la ferme de Lisores.

1970